
Témoignage de Valérie Grangette, ergothérapeute spécialisée
Perdre la vue est un bouleversement total. D’un jour à l’autre, tout devient flou, incertain. Pour certains, c’est progressif, laissant le temps d’anticiper. Pour d’autres, c’est une chute brutale, un avant et un après.Et perdre la vue, c’est perdre ce sens premier qui nous informe instantanément, à distance et de façon globale de ce qui nous entoure. Dans tous les cas, il faut réapprendre à vivre autrement.
C’est dans ces moments de transition que Valérie Grangette, ergothérapeute spécialisée en déficience visuelle, intervient. Son rôle : aider ces personnes à se connaitre, à savoir parler de leurs besoins, à retrouver le chemin de l’autonomie, à élaborer des solutions afin de réinvestir leur quotidien.
« Beaucoup de personnes que j’accompagne ne savent plus comment avancer. Il y a un avant et un après, et l’après leur fait peur. Elles se demandent comment elles vont faire pour cuisiner, lire un courrier, utiliser leur téléphone, sortir de chez elles. Et surtout, si elles en seront capables. »
Dans les cas de perte de vision brutale, la sidération est totale. La personne n’a plus de projet de vie, plus de repères. L’extérieur devient menaçant, les gestes les plus simples semblent impossibles.
« Il faut d’abord prendre le temps de parler, de comprendre ce que la personne ressent, où elle en est. Ce n’est pas juste une question de matériel ou d’outils. C’est une reconstruction complète. »
Parmi ceux qui perdent la vue progressivement, certains ont une approche différente :
« Ils veulent apprendre avant de perdre complètement la vue. Ils savent que leur vision va se dégrader et veulent être prêts. Ils s’entraînent, cherchent des solutions, testent des aides techniques. Ils anticipent leur perte d’autonomie. »
Adapter, pas imposer : des solutions individualisées
L’une des clés du travail de l’ergothérapeute, c’est de trouver ensemble les solutions les plus adaptées.
« Le travail de réadaptation est un travail de sur-mesure qui nécessite du temps, une bonne communication et une bonne connaissance de l’impact de la déficience visuelle. Il est indispensable de prendre en compte les habitudes de vie, les envies, les capacités, l’environnement humain et matériel. Il ne s’agit pas d’imposer une solution. Certaines personnes sont à l’aise avec les nouvelles technologies, d’autres restent sur des solutions très simples. La personne accompagnée doit trouver l’équilibre qui est le sien. »
L’approche repose sur plusieurs axes :
- Adapter le domicile : organisation des espaces, mise en place de repères sensoriels, utilisation d’un éclairage spécifique, de solutions avec contraste…
- Faciliter la vie quotidienne : techniques, aides techniques (matériels) pour cuisiner, reconnaître ses vêtements, gérer ses papiers, sa santé …
- Parfois il s’agit de paramétrages d’outils déjà possédés comme les applications sur les téléphones portables.
Plus qu’un simple accompagnement technique,” l’ergothérapie est une reconstruction du lien à soi et aux autres.”
« Quand on perd la vue, on a l’impression de ne plus rien pouvoir faire. Mais au fil des séances, les personnes réalisent qu’elles ont encore des capacités, qu’elles peuvent retrouver de l’autonomie. C’est un vrai déclic. Elles reprennent confiance en elles. Et progressivement, elles parviennent seules à élaborer des nouvelles stratégies dans leur quotidien.”
Certaines retrouvent rapidement un équilibre, d’autres ont besoin de plus de temps. Le plus dur reste souvent de franchir la porte et d’oser demander de l’aide.
« Il y a un moment où la personne se rend compte qu’elle peut encore avancer. Qu’il y a des solutions et qu’elle peut les trouver par elle-même. C’est là que tout commence. »
L’un des plus grands défis pour les personnes concernées est le manque d’information. Les personnes malvoyantes sont doublement pénalisées. Du fait du handicap visuel qui limite l’accès à la communication écrite (sur papier, sur les outils numériques). Et également du fait de la difficulté pour trouver l’information pertinente. Beaucoup ne savent pas qu’il existe des services d’accompagnements, des professionnels ressources, des solutions adaptées. Si vous ou un proche êtes concerné, le Numéro Vert de l’ARRADV, est là pour vous écouter et vous orienter. Numéro vert national et gratuit le 0800 013 010 est accessible du lundi au vendredi de 9h30 à 17h30 vous apporte toutes les informations dont vous avez besoin et vous oriente vers les professionnels près de votre domicile, qui pourront vous guider.